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LE MAGAZINE DE L'ÉVÉNEMENTIEL EN FRANCE
Événements & Conventions

"Réduire l'impact environnemental des événements"

Céline Perronnet
26/01/2017

Interview de Dan-Antoine Blanc-Shapira, cofondateur du collectif Eco-evenement.org


©J.CGuilloux
©J.CGuilloux
Franco-américain diplômé de sciences politiques et de droit, Dan-Antoine Blanc-Shapira a fondé l’agence Passion Public (1989), aujourd’hui Sensation. Sous sa direction, l’agence organise depuis plus de 25 ans des événements de toute taille dans tous les secteurs d’activités. Administrateur de l’Association des agences de communication événementielle (ANAé), il est également formateur et conférencier.

Événements & conventions : Le collectif fête ses 10 ans cette année. Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet ?

Dan-Antoine Blanc-Shapira : La démarche a été initiée en 2004 avec Benoît Désveaux (l’actuel directeur général du groupe Hopscotch, ndlr). À l’époque, nous étions les deux seuls à avoir pris des engagements de développement durable dans nos agences ce qui n’était pas suffisant pour peser sur le marché. Alors nous nous sommes demandé pourquoi ne pas convaincre l’ensemble des agences de l’ANAé de s’engager dans une démarche RSE. Puis, nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas s’arrêter en chemin et que l’idéal serait de rassembler toute la filière : traiteurs, hôteliers, palais des congrès… pour favoriser une prise de conscience globale. En novembre 2006, nous avons réussi à signer tous ensemble (ANAé, CSPE, Crealians, France Congrès et Événements, Synpase, Traiteurs de France, Unimev) une charte comprenant six engagements qui représentait le point de départ pour sensibiliser et produire des outils concrets. C’était la première fois que tous les métiers de l’événement se retrouvaient autour de la même table. 

E&C : Quels sont ces outils ?

D-A.B-S : Nous avons sorti un éco-guide événementiel sur les bonnes pratiques, mis en place le site web www.eco-evenement.org, organisé des conférences et des formations sur l’écoconception, mis à disposition des entreprises un outil d’autodiagnostic RSE de leurs événements composé de 90 questions et de cinq thèmes (engagement, économie et gouvernance, social, environnemental, sociétal). Il s’agit d’une feuille de route qui permet de se poser les bonnes questions, de s’évaluer et de progresser. Tous ces outils sont gratuits et notre démarche est bénévole

E&C : Qui dirige le collectif ?

D-A.B-S : Il n’y a pas de permanent, c’est un rassemblement de bonnes volontés auquel chacun contribue. Nous représentons plus de 700 entreprises. Je suis le cofondateur et l’animateur du collectif. 

E&C : La filière événementielle est-elle aujourd'hui à la pointe en matière de RSE et de développement durable ?

D-A.B-S : Eco-evenement.org avait été jugé précurseur par l’ADEME dès 2007. Certes, la RSE et le développement durable ne sont pas le souci numéro un de la filière mais près de 4 000 événements ont déjà été auto évalués. Du côté des annonceurs, bien qu’une cinquantaine d’entre eux ait signé la « Charte d’engagement des annonceurs pour une communication responsable » de l’Union des Annonceurs (UDA), ils peinent pour la plupart à transcrire dans l’achat des actions de communication au-delà de quelques gestes symboliques comme l’utilisation de papier recyclé pour les cartons d’invitation. Or un événement ne peut pas être un petit peu éco-respectueux. Cela ne coûte pas plus cher d’avoir un événement durable et cela ne bride pas la créativité. Depuis 10 ans, la prise de conscience se fait par à-coups. 

E&C : Quels ont été les principaux éléments déclencheurs ?

D-A.B-S : En 2007, il y a eu un boom avec le film d’Al Gore « Une vérité qui dérange » et avec la candidature de Nicolas Hulot à l’élection présidentielle même s’il a finalement renoncé à se présenter. L’adoption des normes ISO 26000 et ISO 20121 ont été une autre avancée significative. L’engagement de la Ville de Paris, avec la mise en place de la « charte pour des événements écoresponsables » en ce début d’année 2016, devient également moteur. 

E&C : En quoi la charte de la Ville de Paris fait-elle bouger les lignes ?

D-A.B-S : Elle formalise non seulement des objectifs mais aussi les préconisations et les pistes de réflexion pour parvenir à réduire l’impact environnemental des événements. Elle ne réglemente pas mais propose une équation simple : si vous voulez organiser un événement dans l’espace public de la ville de Paris, il faudra vous conformer à cette démarche qui est recommandée pour 2016 puis exigée à partir de janvier 2017. Le coup d’envoi d’une prise en compte généralisée de l’impact environnemental d’une action de communication événementielle est donné. Avec plus de 1 000 événements par an à Paris, les annonceurs, agences, festivals et associations vont devoir s’y mettre réellement. Et par capillarité, c’est tout l’écosystème qui va progressivement revoir ses modalités de conception et de mise en oeuvre. Jusqu’à maintenant, le fait qu’il n’y ait pas d’exigence en la matière ne favorisait pas l’engagement et seuls les acteurs les plus convaincus avançaient dans la recherche de solutions innovantes. 

E&C : N'y a-t-il pas trop de labels et de chartes sur le marché ?

D-A.B-S : La vocation du collectif Eco-evenement.org n’est ni d’être un label ni d’être un organisme de contrôle mais de mettre des outils à la disposition de ceux qui le souhaitent. Pour les acteurs les plus aguerris, il existe les labels Presta DD et Lucie et les normes ISO 20121 - l’événementiel pour un développement durable et ISO 26000 - responsabilité sociétale. 60 % des agences membres de Lévénement (l’association unique des agences membres de l’ANAé, du Raffut et de la délégation événementielle de l’AACC depuis le 1er janvier 2016, ndlr) ont obtenu le label ANAé Qualité qui les oblige à suivre une formation sur le développement durable

E&C : Comment voyez-vous l'avenir ?

D-A.B-S : Je suis assez confiant pour différentes raisons. L’arrivée de la nouvelle génération, la prise de conscience de l’opinion publique, l’avènement du bio, la charte de la Ville de Paris sont autant de facteurs contributifs à une prise en compte partagée et collective de la problématique environnementale. Ce qui compte c’est que les choses se mettent en marche ! 
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