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Nantes, le pas de côté

17/12/2019

Il aura fallu plus de temps à Nantes qu’à d’autres pour comprendre le formidable enjeu du MICE dans le développement d’une destination. Qu’on se le dise, 2019 est l’année de son réveil… La capitale de Loire-Atlantique est dans les starting-blocks, dans son couloir bien à elle.


Le pas de côté, c’est ce qu’exprime cette statue de Philippe Ramette qui, depuis 2018, trône sur la place du Bouffay. L’artiste s’y représente, en costume, les yeux rivés vers le lointain, alors qu’un seul de ses pieds repose sur le socle. C’est ce décalage qui intéresse Philippe Ramette et il considère la ville de Nantes comme représentative de cette attitude d’esquive et de surprise, d’audace et de désaxation. En quoi la capitale de Loire-Atlantique mérite-t-elle un hommage de cette nature ? Il faut partir de ce qui guide toute stratégie d’action : la confrontation au réel. Et le réel, pour Nantes, c’est ceci : une ville qui n’a pas l’évidente visibilité d’une métropole comme Paris ; qui ne partage pas la richesse patrimoniale d’un Lyon ou d’un Bordeaux ; qu’on ne peut associer spontanément à un pôle d’excellence économique comme l’aérien à Toulouse ou le high-tech et l’atome à Grenoble ; qui ne peut compter sur l’environnement grandiose d’une Méditerranée marseillaise ; qui ne se retrouve pas associée à un lieu emblématique fort, place Stanislas ou promenade des Anglais.

Création

Nantes, le pas de côté
Alors que faire ? La réponse est contenue dans la question : il faut faire. Et cette nécessité d’agir, Nantes a clairement fait le pas de côté de la confier à des artistes. Jean Blaise, c’est un nom que tous les Nantais connaissent. Il est le maître d’oeuvre inspiré, au côté de Jean-Marc Ayrault (maire de la ville de 1989 à 2012), de cette option artistique et culturelle déterminée. De fait, aujourd’hui, ce sont des créations qui signent l’identité de la ville, au premier rang desquelles ces Machines de l’Île, automates fantasmagoriques, éléphant géant ou araignée à la Louise Bourgeois, qui se meuvent à un train de sénateur, mécaniques à la Méliès, univers à la Jules Verne, incontournable inspirateur et membre éminent du Panthéon des personnalités nantaises.

Ressources

Nantes, le pas de côté
Une autre oeuvre, sise le long de la Loire, sur cette île de Nantes, entre deux bras de la Loire, qui porte les traces des chantiers navals du passé et la marque des ambitions présentes de conquête de l’ouest, en direction de l’océan : Résolution des forces en présence, de Vincent Mauger. Cette sculpture aussi peut être vue comme une métaphore de la réalité nantaise. Une sorte de point d’équilibre entre tensions opposées. Par exemple, Nantes la créative est aussi Nantes la bourgeoise, dont la richesse s’est faite sur le commerce triangulaire, concrètement : la traite négrière. Mais aussi Nantes la travailleuse avec 6,5 % de taux de chômage pour une population de 640 000 habitants pour la métro nantaise, 800 000 avec celle de Saint-Nazaire. Et encore Nantes la pragmatique : « Ce goût de la ville pour la création, ce n’est pas uniquement pour la beauté du geste : à Nantes on ne perd jamais de vue qu’il faut que ce soit profitable, bon pour le business », explique Fabrice Joubert, directeur adjoint de Nantes Saint Nazaire Développement (NSD) qui promeut l’attractivité des métropoles nantaise et nazairienne et dont émane le Convention Bureau.

Réveil

Nantes, le pas de côté
Ce Convention bureau né en 2016, il était, de l’avis même des parties prenantes, en semi-léthargie. 2019 a été l’année où on l’a réveillé : staff doublé, recrutement d’un directeur rompu à la promotion des territoires (voir l’interview d’Edmund Hazlewood p. 73), budget augmenté et amené aux étiages de Bordeaux ou Toulouse, et ferme intention, au sein de NSD, de placer le MICE au coeur de l’attractivité nantaise, non seulement comme moteur touristique mais, plus globalement, comme booster économique. Voici comment : « Nous avons identifié, dans notre économie très diversifiée, des filières stratégiques – numérique, santé, industries culturelles et créatives, manufacturing, nautisme et construction navale pour Saint-Nazaire. Notre but est d’attirer chez nous des entreprises de ces domaines en leur présentant le réseau local de leur secteur et, si elles sont séduites, en facilitant leur installation. Sur les 80 entreprises qui viennent en moyenne chaque année sur notre destination et génèrent de 1000 à 1 500 emplois, 60 % sont issues de ces filières stratégiques. Dans ce travail de prospection, nous avons l’ambition d’internationaliser notre visibilité. En 2018, 10 % des entreprises accueillies étaient à capitaux étrangers. Fin 2019, elles seront 20 %. Et en 2020, l’objectif est de 25 %. Le fait d’avoir ici, notamment dans ces domaines porteurs, du congrès et de la convention est une aide énorme à la valorisation de nos écosystèmes », dixit Fabrice Joubert.

La direction de NSD le reconnaît aisément, c’est une partie à couteaux tirés qui se joue entre les territoires. Nantes a du retard sur ses concurrents directs, souffre d’une visibilité médiocre à l’international ; Nantes mériterait un hôtel de 200 chambres supplémentaires en centre-ville et connaît un déficit de lieux de gala pour 500 personnes et plus…

Atouts

Nantes, le pas de côté
Mais Nantes a de sérieux atouts : un aéroport relié aux plus grandes capitales européennes avec une excellente desserte vers Paris (une dizaine de vols quotidiens), une gare TGV de centre-ville dont la profonde rénovation, confiée à Rudy Ricciotti, s’achèvera en 2020, une forte dimension écoresponsable sanctionnée par un titre de Capitale verte européenne en 2013 et une entrée dans le Global destination sustainability Index en 2017 (une première nationale) et d’excellents équipements, notamment une Cité des congrès pleine de projets et un parc expo hors du commun

Mais quand on demande aux acteurs locaux le projet des années à venir dont ils sont le plus fiers, ils répondent en choeur : « L’Arbre aux Hérons », cet arbre en acier de 32 mètres de haut et 50 d’envergure, au sommet duquel les deux volatiles éponymes embarqueront chacun 16 personnes pour un voyage extraordinaire et dont les branches se prolongent en jardins suspendus ; ce projet fou, dû aux maîtres d’oeuvre des Machines de l’Île, s’installera sur les bords de la Loire en 2022. On ose à peine troubler l’enthousiasme en précisant : « le projet des années à venir dont vous êtes le plus fiers en termes de MICE ». Réponse : « L’Arbre aux Hérons, ça fera un incentive fantastique ». Le pas de côté, décidément.
 
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